Le Pouvoir – Naomi Alderman : Une déception en cette rentrée 2021…

Depuis quelque temps, je cherche à diversifier de plus en plus mes lectures. Le féminisme fait partie des thèmes que j’aimerai approfondir. Je me suis donc laissée tenter par l’un des livres les plus populaires sur les réseaux sociaux : Le Pouvoir de Naomi Alderman. Mais quel mauvais départ j’ai pris avec cette œuvre…

Naomi Alderman :

Né en 1974, Naomi Alderman est une romancière britannique ainsi qu’une conceptrice de jeux vidéos. Militante féministe depuis l’adolescence, elle soutien fortement, en pensée et en action, le droit des femmes. Son premier roman, La Désobéissance, qui raconte la romance compliquée entre deux femmes appartenant à la communauté juive orthodoxe de Londres, parait en 2007.

Son roman dystopique, Le Pouvoir, parait en 2016 et obtient le lauréat du Bailey’s Womens prize for Fiction en 2017. Margaret Atwood décrit même ce roman d' »électrisant ».

Aux quatre coins du monde, les femmes découvrent qu’elles détiennent le « pouvoir ». Du bout des doigts, elles peuvent infliger une douleur fulgurante – et même la mort. Soudain, les hommes comprennent qu’ils deviennent le « sexe faible ». Mais jusqu’où iront les femmes pour imposer ce nouvel ordre ?

J’avoue ne pas avoir compris l’essence globale du roman… L’histoire commence avec l’apparition d’un mystérieux pouvoir qui permet aux femmes de générer des décharges électriques. Puis, petit à petit, l’intrigue créée une scission entre les hommes et les femmes qui va devenir de plus en plus haineuse… Je comprends l’idée première du roman qui est de vouloir dénoncer la situation actuelle des femmes dans le monde, à tous les niveaux (sexisme, harcèlements, agressions, violences, viols, meurtres, inégalités, rabaissement, etc). Pour cela, Naomi Alderman inverse les rôles afin que les personnes « non-concernées » par le sujet, puissent prendre conscience de la réalité. Je trouve cette idée vraiment intéressante, et c’est la raison pour laquelle le roman m’avais interpellé.

Par ailleurs plus on lit, et plus on ressent, dans la plume de l’autrice, une sorte de haine, de rancœur à l’égard de la gent masculine. La romancière fait subir aux hommes, dans sa dystopie, ce qu’il ne faudrait plus commettre à l’égard des femmes. Certains passages sont tellement violents, allant même, au chapitre « Roxy » de la page 413, vers une forme d’émasculation et de viol mortel, qu’on ne sait plus si le but est de dénoncer ou attaquer. On sent parfois une volonté, à travers la fiction, d’appliquer la loi du Talion. Ce mystérieux pouvoir ne sert finalement pas, après réflexion, à établir une égalité entre les hommes et les femmes (avec un possible moyen d’autodéfense). Il fait soi-disant comprendre aux femmes qu’elles deviennent les dominantes et que tous leur est permis, qu’elles peuvent reproduire aux hommes ce qu’eux-mêmes leur ont fait subir. On sent une volonté de séparation brutale entre les hommes et les femmes, une volonté d’effacer l’homme du monde et de faire croire qu’il serait plus judicieux d’instaurer un matriarcat à la place d’un patriarcat. Mais, si l’on refuse un système, pourquoi considérer que ce même système serait acceptable avec un autre groupe de personne ?

Je trouve donc le roman assez étrange et ne comprends pas où Naomi Alderman veut en venir. Le but est-il de montrer qu’il n’existe ni sexe fort, ni sexe faible, et que personne ne devrait être supérieur à l’autre ? Ou, sommes-nous dans une pensée féministe assez extrême dont le but serait de placer les femmes au-dessus des hommes, de louer un possible matriarcat, et de penser que la vengeance serait légitime ? J’ai quelques fois ressentie la première interrogation lors de ma lecture, mais la seconde est souvent revenue en force dans mon esprit, notamment lors de la lecture de certains chapitres assez choquants, violent, avec des personnages masculins/féminins « haineux ».

C’est ici ma première découverte féministe et je dois dire que je n’en suis pas vraiment convaincue. Ce roman, qui ne semble pas contre une possible loi du Talion, n’est pas l’idée que je me fais du féminisme. On est plus dans un féminisme très engagé, à la limite de l’extrême, pour les femmes et contre les hommes. Je ne pense pas que le féminisme de base soit celui-ci. Je pense qu’il y a une différence entre rétablir ses droits/son égalité sociale, sociétale, et vouloir devenir le « sexe fort » (comme nous le dit le roman) tout en créant un nouveau « sexe faible », ce qui nous sort de l’idée d’égalité.

Il est par ailleurs également possible que je n’ai pas compris la pensée réelle de Naomi Alderman, mais, dans tous les cas, son roman et sa fin floue à la limite de l’incompréhension, n’a pas laissé la place à une autre interprétation. Au fil des pages, l’intrigue a petit à petit fait fuir mon désir de lecture… J’ai fini par lire ce roman en 3 semaines au lieu de 3 jours ; le livre n’a rien de compliquer littérairement parlant, mais aucun élément ne me donnait l’envie de m’accrocher à l’histoire. Cependant, ça n’est pas non plus une déception totale. Je pense que l’idée première du roman, une inversion des rôles au vu d’une prise de conscience et d’un changement des mentalités/comportements, est très intéressante, mais aurait mérité d’être un peu plus exploré par rapport à cette image de « vengeance féminine ».

Enfin, je n’ai pas réussi à m’identifier à cette histoire. La condition des femmes est elle-même inégalitaire dans le monde, et ne peut pas vraiment être étudié de la même manière en fonction des pays. Une femme vivant en France ou aux États-Unis, ne vivras pas la même situation qu’une femme en Inde ou en Afghanistan (si on se base sur le contexte actuel). Il est donc assez bancal de mettre dans le même panier la condition de chaque femme, car le risque de rendre certains problèmes moins légitimes que d’autres devient plus fort. En effet, le roman prend principalement place en Bessapara, un nouveau pays en Arabie Saoudite entièrement dirigé par des femmes. La condition de ces femmes ne peut pas être placé sur le même pallier que celle de la France par exemple. Et pourtant, l’un des personnages féminins principaux englobent toutes les femmes du monde, alors que l’intrigue se concentre à 95% en Bessapara. Et ce qui m’a chagriné dans cette image de la Bessapara, c’est que l’autrice, par le biais de ce personnage, appel toutes les femmes du monde, dans le roman, à prendre exemple sur ce pays fictif pour dominer, assujettir, vaincre et haïr (on en vient même à parler des hommes comme de simples reproducteurs). Alors, certains me diront : « mais la Bessapara ne fait que représenter ce que les hommes font subir aux femmes dans le pays réel. Les rôles ont simplement été inversé pour marquer les esprits ». Je suis d’accord, mais malgré cette volonté de dénoncer en chamboulant la réalité, on ressent très rapidement une forme de validation comportementale à travers la plume de la romancière, comme si les actes commis par ces femmes étaient une vengeance méritée. Là où le roman se dit dystopique, et où on pense que le message final serait « ni dominants, ni dominés », des doutes restent quand même graver dans l’esprit. On ne sait pas vraiment de quel côté se trouve l’autrice et à quelle échelle du féminisme elle se situe.

Conclusion :

J’ai donc trouvé le roman, au premier abord, intéressant, puis étrange et enfin choquant dans certaines visions/images assez extrêmes. Ça n’est ni un coup de cœur, ni une profonde déception. Mais ce roman ne m’aura pas apporté grand-chose lors de ma lecture… Je me le suis procuré à cause des réseaux sociaux, qui le mettait souvent en avant comme une œuvre marquante. Cependant, je n’ai pas été entrainé par cette vague de fascination, et suis plutôt revenu sur le sable de la perplexité et de la semi-déception.

Au cœur des Lignes

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